
To a T
Keita Takahashi est un game designer japonais réputé pour ses jeux colorés et originaux. Après une longue carrière chez Namco, durant laquelle il aura imaginé la célèbre série des Katamari Damacy, Takahashi se lancera en indépendant avant de fonder son studio, uvula, en 2019.
Si la petite équipe a quelques projets expérimentaux à son actif, il est encore bien rare de voir son nom associé à un jeu commercial. C'est néanmoins le cas avec To a T, nouvelle bizarrerie vidéoludique éditée par Annapurna Interactive.
Too Good To Go
Dans To a T, le joueur suit le quotidien d'un jeune adolescent dont le corps est figé dans une position en « T », les bras constamment tendus à l'horizontale. Si cette particularité prête d'abord à sourire, les difficultés qu'elle engendre dans les gestes les plus simples du quotidien rappellent rapidement la réalité de cette situation. Elle fait également de lui la cible de moqueries et de harcèlement, le jeu abordant avec justesse les conséquences du regard des autres. Sans jamais nommer explicitement le handicap, To a T en fait pourtant un véritable sujet de fond, en explorant la différence, l'inclusion et l'acceptation de soi avec beaucoup de sensibilité.
Dans son style volontairement absurde et décalé, To a T véhicule un message profondément bienveillant. Derrière ses situations loufoques, le jeu aborde avec sensibilité la différence et l'acceptation de soi, sans jamais tomber dans un discours moralisateur. Cette philosophie se retrouve jusque dans ses possibilités : l'adolescent que l'on incarne n'est jamais genré et sa garde-robe n'impose aucune limite, chacun étant libre de l'habiller comme il l'entend. Même les personnages qui l'entourent se montrent, pour la plupart, d'une grande empathie et l'aident à surmonter les difficultés de son quotidien. Enfin, chaque chapitre s'ouvre et se clôt sur une chanson originale aux paroles résolument positives, venant renforcer ce message d'ouverture et de bienveillance qui accompagne l'aventure du début à la fin.
Not a lot of A or B
To a T nous raconte les aventures rocambolesques d'un écolier, accompagné de son fidèle chien, au fil de huit chapitres d'une trentaine de minutes. Chacun d'eux met en scène une nouvelle situation du quotidien, progressivement teintée d'éléments de plus en plus absurdes et fantastiques, dans la plus pure tradition des jeux de Keita Takahashi. L'aventure alterne ainsi entre exploration, dialogues et petites séquences scénarisées qui font avancer le récit à un rythme très posé.
Manette en main, le gameplay reste volontairement minimaliste. Le joueur se contente le plus souvent de se déplacer dans les différents environnements, d'interagir avec quelques personnages et d'enchaîner des mini-jeux extrêmement simples, davantage pensés pour accompagner la narration que pour proposer un véritable défi. Qu'il s'agisse d'effectuer des gestes du quotidien ou de participer à de courtes activités, ces séquences privilégient la mise en scène et l'humour plutôt que la difficulté. Ce choix risque de laisser sur leur faim les joueurs en quête d'une expérience plus ludique, tant les mécaniques se renouvellent peu au fil des chapitres.
L'exploration n'est toutefois pas totalement dénuée d'intérêt. De nombreuses pièces sont disséminées dans les décors et permettent de débloquer de nouvelles tenues, accessoires et coiffures afin de personnaliser son personnage. Quelques habitants proposent également de petites activités annexes, mais celles-ci restent anecdotiques et servent avant tout à prolonger la balade dans cette ville au charme singulier.
Au final, To a T est avant tout un jeu narratif. Son gameplay, volontairement simple et accessible, s'efface constamment au profit de son univers, de ses personnages et du message de tolérance, d'acceptation de soi et de différence que souhaite transmettre son créateur. Ceux qui adhèrent à cette proposition y trouveront une aventure touchante et pleine de personnalité, tandis que les amateurs de gameplay profond risquent d'y voir une expérience bien trop passive.
To a 15 FPS
Cette version Switch 2 débarque un an après les autres plateformes. Si le contenu reste strictement identique aux autres versions, le jeu conserve sa direction artistique colorée, ses nombreuses animations charmantes, mais aussi ses quelques problèmes de caméra. Malheureusement, le portage est fortement entaché par des performances catastrophiques.
Que ce soit en mode portable ou sur téléviseur, le framerate peine constamment à rester stable, au point de gâcher une partie de l'expérience. Plus gênant encore, des artefacts visuels apparaissent parfois sans raison apparente. Espérons qu'un futur patch vienne corriger la situation, car en l'état, cette version, toujours sous Unreal Engine 5, ne rend pas justice au charme et aux intentions du jeu.
Avec To a T, Keita Takahashi livre un message qui lui tient à cœur et qu'il transmet avec beaucoup de sincérité. Cette thématique imprègne l'ensemble de l'aventure et s'accompagne de sa patte si singulière, entre humour absurde, personnages attachants et situations improbables, pour offrir une expérience aussi originale que mémorable. En revanche, son gameplay, volontairement en retrait au profit de la narration, pourra laisser de côté les joueurs en quête d'une aventure plus interactive.
Malheureusement, il est difficile de recommander cette version Switch 2 en l'état. Le portage souffre de nombreux problèmes techniques qui viennent régulièrement perturber l'expérience et ternissent une direction artistique pourtant pleine de charme, empêchant le jeu de révéler pleinement tout son potentiel.
- Un message touchant et bienveillant
- Un humour absurde et burlesque
- Une technique à la rue
- Un gameplay mis de côté
Pour les amateurs d'expériences narratives atypiques et d'univers décalés, qui n'ont pas peur d'un gameplay minimaliste et d'une aventure où l'on passe plus de temps à suivre l'histoire qu'à réellement jouer.
