
Mixtape
J'avais quinze, seize ans à la fin des années 90, un peu comme les trois ados de Mixtape. Cela dit, la Californie du Nord, je n'y ai jamais mis les pieds. Mais en lançant le jeu, j'ai retrouvé un truc familier : ce moment où tu mets des écouteurs, tu choisis ta chanson, et tout ce qui suit est plus intense pendant trois minutes.
Une playlist pour faire d'un instant banal un souvenir. C'est ça que le studio Beethoven & Dinosaur a essayé de capter. Pari réussi ?
Face A : Joie, division
Mixtape suit Stacy, Van et Cassandra, trois amis de lycée. Dernière nuit. Dernière fête. Dernière playlist pour le trajet, celle que Stacy a composée et qui fait tourner le jeu : chaque morceau ouvre un souvenir, et chaque souvenir devient une vignette jouable. Stacy skate, vole, traîne dans un parc d'attractions abandonné, lance des feux d'artifice depuis la banquette arrière.
La boucle de gameplay alterne entre deux modes : les phases d'exploration narrative, où le joueur avance dans un souvenir, capte les détails, laisse la scène se dérouler et les phases plus actives, qui reposent sur des mini-jeux volontairement très simples. Ce n'est pas un défaut, c'est un parti pris : Mixtape ne cherche pas à être un bon jeu de skate ou un bon jeu de tir, il cherche à être un bon souvenir. La manette est juste là pour y participer. Quatre heures, c'est la bonne durée pour tenir cette promesse.
Ça veut dire qu'il faut accepter certains moments où elle demande un effort minimal. La séquence du lance-pierre devant la cabane abandonnée, par exemple : c'est une scène, pas un défi. Ceux qui cherchent la satisfaction du gameplay pour le gameplay vont tiquer. Mais en se laissant porter, ces instants font partie du souvenir au même titre que les autres.
Sans la bande-son, plus rien ne tient. Chaque vignette est calée sur un morceau, et la sélection est imparable : DEVO, Roxy Music, Lush, Smashing Pumpkins, Iggy Pop, Joy Division, The Cure. Mixtape parie tout sur le fait que ces titres parlent déjà au joueur. C'est une force quand ça marche, mais c'est aussi sa principale limite : le jeu ne fait quasiment aucun effort pour embarquer celui que la musique ne convainc pas. Si la BO ne plaît pas, il ne reste pas grand-chose à quoi se raccrocher. Et ce n'est pas un bug, c'est le design assumé du jeu.
Mixtape ne cherche pas à être un bon jeu de skate ou un bon jeu de tir, il cherche à être un bon souvenir. La manette est juste là pour y participer.
Face B : Le remède
Ces décisions artistiques fortes se voient aussi à l'image. L'animation tire vers le stop-motion, avec ce léger décalage entre les frames qu'on associe aux films image par image, sauf qu'ici tout est fluide : c'est une stylisation, pas une contrainte. Les cadrages cherchent le cinéma : plans larges qui posent un décor, gros plans sur un visage, transitions calées sur la musique comme des cuts de clip. Chaque vignette a sa propre identité visuelle, palette et lumière comprises, sans casser la cohérence d'ensemble.
La phase de vol et le skate explosif sont les meilleurs exemples de ce que la direction artistique propose : la ville défile au rythme du morceau, les éléments du décor éclatent en nuages de particules colorées, et le joueur se retrouve dans ce qui ressemble à un clip plutôt qu'à un niveau de jeu. Sur Switch 2, les ambitions visuelles passent sans compromis critiques.
Mixtape revendique ses partis pris jusque dans les choix de production. Pas de mode "streamer" qui couperait les morceaux sous licence pour éviter les signalements automatiques sur Twitch et YouTube. La musique est l'âme du projet, il n'y a pas de raison d'en proposer une version vide.
La contrepartie : le jeu ne s'adresse pas à tout le monde de la même manière. J'avais l'âge des personnages à la bonne époque, mais je n'ai pas grandi au même endroit qu'eux. Et pourtant, j'ai retrouvé sans effort des choses très personnelles dans ce que vivent Stacy, Van et Cassandra. Pas parce que ce serait "universel", mais parce que la mécanique de la mixtape, choisir une chanson pour amplifier ce qu'on vit, ou pour rejouer ce qu'on a vécu, je l'ai pratiquée et je la pratique encore.
La mixtape
Les vingt chansons sous licence, dans l'ordre où elles se déploient dans le jeu, vignette après vignette. Les instrumentaux et morceaux de fond ne figurent pas dans cette liste.
That's Good ❤️
Devo
Just Like Honey ❤️
The Jesus and Mary Chain
Galaxy in Turiya
Alice Coltrane
Sensitive to Light
Rainbow
Freak
Silverchair
Remember When ❤️
Mitch Murder
Witchi Tai To ❤️
Harpers Bizarre
Have You Seen Her?
The Chi-Lites
Monochrome ❤️
Lush
State of the Heart
Mondo Rock
The Touch
Stan Bush
Love ❤️🔥
The Smashing Pumpkins
Shine
David Gray
Roads ❤️
Portishead
Yesterday's Hero
John Paul Young
More Than This ❤️
Roxy Music
Candy ❤️
Iggy Pop
Spellbound ❤️
Siouxsie and the Banshees
Atmosphere ❤️
Joy Division
Plainsong 💔
The Cure
Mixtape est court, beau, et sait précisément ce qu'il veut dire sans traîner pour le faire. C'est un récit d'adolescence qui n'existe que par sa bande-son. Ce n'est pas une carte postale de la Californie des années 80/90, c'est un hommage au pouvoir d'une chanson sur un souvenir.
- Une succession de vignettes qui se renouvelle assez pour ne pas lasser
- Une direction artistique qui tient le cap sur toute la durée
- Un format de quatre heures qui sait s'arrêter
- Un cadre culturel qui ne résonnera pas avec tout le monde
- Des phases actives au gameplay très TRÈS basique
Pour ceux qui ont eu une playlist qui les a aidés à traverser quelque chose, peu importe l'époque ou l'endroit.
